Cœur Perdu en Atlantic BD

Ce serait faire preuve de mauvaise foi que de dire que la saison 2012-2013 n’a pas été riche en comics. Entre l’arrivée d’Urban Comics et la multiplication des éditeurs, le lecteur avait de quoi remplir sa bibliothèque. Après des années d’absence  de choix, nous avons aujourd’hui un vaste catalogue qui s’offre mensuellement à nous, du super-héros aux zombies en passant par la science-fiction et le polar. Toutefois, trop de choix peut vite saturer un marché pourtant en pleine expansion (le comics a le vent en poupe grâce aux adaptations ciné et à la stagnation du marché franco-belge et manga). En effet, par ces temps difficiles, le budget des lecteurs ne connaît malheureusement pas la même croissance et ce sont souvent les “petits” éditeurs qui en pâtissent.
Atlantic BD fait justement partie de ces labels indépendants qui ont vu le jour fin 2011-début 2012 avec une ligne éditoriale réellement différente, misant prioritairement sur des récits courts et un style résolument SF-thriller-horrifique, pas de super-héros. Piochant dans les catalogues des éditeurs indépendants comme Image, le label nous a offert quelques pépites d’outre-Atlantique qui n’ont cependant pas bénéficié du succès qu’elles méritaient…

L’édition, ce monde impitoyable !

fabricesapolsky[1]Eté 2011, le groupe Steinkis lance le label Atlantic BD avec, comme porte-drapeau, Fabrice Sapolsky, fondateur de Comic Box et scénariste de Spider-Man Noir. Le catalogue s’annonce plutôt prometteur avec Black Box, Time Bomb et, surtout, le hit d’Image : Morning Glory. D’ailleurs, tous ceux qui se sont penchés sur le label attendaient le titre avec impatience, Morning Glory ayant bénéficié du même buzz que Saga. Toutefois, l’éditeur manque de chance, la première édition du titre est catastrophique : le rapport page/prix est en-deçà de celui de la concurrence et la qualité de l’album n’est pas au rendez-vous suite à un cafouillage de l’imprimeur. Une fausse note qui marquera malheureusement longtemps le label.

Atlantic BD tente alors de contre-balancer cette première impression en sortant un “beau livre”, une magnifique réédition de Superman vs Muhammad Ali en coffret, sous l’étiquette Atlantic Prestige. Ce sera malheureusement le seul titre de la collection malgré un très bon accueil du public et de la critique. Le label connaît alors un premier passage à vide et reste quasiment 6 mois sans véritable communication avec son lectorat. Il faudra attendre fin janvier et le festival d’Angoulême pour connaître les nouveaux objectifs d’Atlantic BD. L’éditeur fait son mea culpa pour Morning Glory et propose une nouvelle version, regroupant l’intégralité des épisodes de la première saison, à un prix défiant toute concurrence. La politique tarifaire du label se montre dès lors très attractive et les nouveaux titres aussi : Mystery Society, Near Death… des histoires fortes bénéficiant d’équipes créatives de choc !

Atlantic BD semble alors avoir trouvé une vitesse de croisière en sortant un album tous les 2 mois, en moyenne. Paradoxalement, l’éditeur se fait de plus en plus discret sur Internet… ou bien il ne communique pas dans le bon milieu, difficile à savoir. Il est parfois laborieux d’avoir une information et les nouveaux tomes semblent sortir dans l’intimité. Le site officiel devient anecdotique et la page Facebook vivote tant bien que mal en affichant les quelques critiques de sites et de blogs. En parallèle, la concurrence se fait plus ferme. Panini, qui a perdu le catalogue DC au 1er janvier 2012, multiplie les titres Marvel et s’attaque aussi aux catalogues des indépendants (notamment Dynamite et Valiant), tandis qu’Urban Comics s’installe petit à petit sur le marché français et profite de l’élan de sympathie et de ferveur du lectorat (ainsi que du portefeuille conséquent de Dargaud) pour grossir progressivement le nombre de titres à sortir. Seul Delcourt maintient son rythme “normal”, mais c’est déjà un poids lourd sur le secteur auquel il est difficile de faire face. Ajoutez à tout cela la crise et la pénibilité du système de distribution français, et vous avez une exécution en bonne et due forme d’un label indépendant !

Atlantic BD se noie donc dans la masse et les ventes des albums ne sont pas au rendez-vous ! L’avenir semble, dès lors, incertain. Fabrice Sapolsky, figure emblématique du label, a terminé son contrat en début d’année pour se consacrer à ses divers projets d’écriture et le planning de parution est désespérément vide ! Reste, pour l’instant, le dernier pari de l’éditeur, Vampire Academy, une espèce de mélange entre Twilight et Harry Potter qui devrait séduire un public adolescent. Le titre aurait d’ailleurs pu faire partie du catalogue Jungle, autre label, estampillé “jeunesse”, du groupe Steinkis. Toutefois, il est difficile de ne pas percevoir l’état actuel d’Atlantic BD comme une longue traversée du désert. Dommage, car c’est sans doute l’un des éditeurs de comics VF le plus innovant de ces dernières années !

Séance de rattrapage

Si Atlantic BD n’est pas très productif en ce moment, vous pouvez encore trouver les anciens titres en magasins ou sur le net pour un prix assez raisonnable, en moyenne 12€. Et sur l’ensemble du catalogue de l’éditeur, il n’y a pas grand-chose à jeter. Petit guide de lecture :

51f3ZLyZFnL[1]MORNING GLORY ACADEMY 1
Scénario : Nick Spencer
Dessin : Joe Eisma
Relié – 180 pages
Format : 28,2 x 19,2
La Morning Glory Academy est aux pensionnats ce que la prison est aux maisons de correction : un hors d’œuvre ! Entre machiavélisme, satanisme, manipulations et phénomènes étranges, les six héros de cette série hors du commun vont de surprise en surprise dans leur école. Dire qu’ils croyaient s’y forger un meilleur avenir !
Critique : le “Lost” des comics. Difficile de savoir où on va avec cette série pleine de mystères dont on ne voit pas le bout. C’est bizarre et particulier à l’écrit, très esthétique mais un peu froid visuellement. La série s’adresse a un public averti et persévérant mais vaut tout de même le détour. 2 tomes sont encore disponibles chez Atlantic BD, toutefois, la série continue aux USA et il est difficile de dire si la suite arrivera en VF !

51kRvS5A0cL[1]BLACK BOX
Scénario : Fabrice Sapolsky
Dessin : Thomas Lyle
Relié – 72 pages
Format : 28,2 x 19,2
L’Amérique a été bâtie sur des secrets. Bonne nouvelle. La saison des secrets est terminée.
Destins croisés:
1797 : Le Général Lafayette offre à George Washington une boîte à musique très spéciale.
2011 : Ulysse Troy découvre la Black Box et ses mystères : 200 ans de secrets des présidences américaines dévoilés !
Critique : On peut classer les intrigues historiques dans deux catégories : les invraisemblables et les probables. Reste après à déterminer si elles sont bonnes ou mauvaises. Black Box est non seulement une très bonne intrigue historique mais, en plus, elle respire un réalisme prenant digne d’un roman de Tom Clancy. 2 tomes pour une aventure passionnante jusqu’au bout !

518jz9jxPwL[1]MYSTERY SOCIETY
Scénario : Steve Niles
Dessin : Ashley Wood – Fiona Staples
Relié – 64 pages
Format : 28,2 x 19,2
Les détectives les plus déjantés que le monde ne connaîtra jamais. Plus forts que Mulder et Scully. Plus unis que Jonathan et Jennifer.
Mieux entourés que la Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Ils dirigent la… MYSTERY SOCIETY, une agence d’investigation des forces occultes pas comme les autres. Décidés à résoudre l’insolvable, ils vont aussi devoir recruter une équipe et régler leurs problèmes de couple.
Critique : La ligue des Gentlemen Extraordinaires en plus fun, que dire d’autre ? Bien écrit, bien dessiné, c’est un récit d’aventure qui plaira à un large public tant les références y sont croisés. On ne s’ennuie pas, dans aucun des deux tomes, on en redemande même. Malheureusement, la série s’est arrêtée au USA, seul un one-shot a vu le jour récemment… Notez, de plus, la présence de Fiona Staples qui dessine actuellement le buzzifiant Saga !

51nYg9n6mXL._SY300_[1]NEAR DEATH
Scénario : Jay Faerber
Dessin : Simone Guglielmini
Relié – 116 pages
Format : 28,2 x 19,2
Son nom est Markham. Tueur professionnel. Implacable. Une expérience de mort imminente modifie profondément sa manière de voir les choses. Il n’a fait qu’apercevoir l’Enfer, mais il en est revenu changé. Déterminer à rééquilibrer son bilan, il va s’appliquer à sauver une vie pour chacune de celles qu’il a prises. Et il n’a pas chômé comme rétameur.
Critique : Un polar un peu philosophique mais sévèrement burné avec un anti-héros digne d’un Al Pacino. Jay Faerber malmène son petit monde avec une poigne absolue qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page. On aime ce méchant reconverti qui croit à la rédemption et qui utilise tous les moyens pour y arriver. Seul point noir : la série n’a ni marché aux USA, ni en France. Du coup, 2 tomes là-bas, un seul ici, le tout sans suite. Dommage !!

51RRndZ6moL._[1]LA CITE DES ORPHELINS
Scénario : O.T. Nelson, Dan Jolley
Dessin : Joëlle Jones, Jenn Manley Lee
Broché – 128 pages
Format : 23 x 16,6
Un virus mortel a décimé tous les adultes sur Terre, ne laissant en vie que les enfants comme nous, seuls au monde.
Critique : le petit bijou d’Atlantic BD ! Un récit juste, plein d’émotion, au trait léger pour parer la lourdeur du sujet. C’est le “Sa Majesté des Mouches” moderne, qu’il faut absolument lire… ABSOLUMENT !!!

LES ASSASSINS D’OZ
Scénario : Angelo Tirotto
Dessin : Richard Jordan
Broché – 128 pages
Format : 25,8 x 17
Après cinq ans d’absence, Dee est de retour dans le Kansas pour les funérailles de ses parents, tragiquement tués par une tornade. Elle retrouve sa ville natale, Emeraldsville, comme elle l’avait quittée : ennuyeuse et paisible. Jusqu’à ce que 51VJWilvdHL[1]surviennent des meurtres terrifiants et inexpliqués. Qui est le tueur et agit-il seul ? Y a-t-il un rapport entre les meurtres et les événements de cette fameuse nuit de 1959 ? À Emeraldsville, une porte s’entrouvre sur un monde terrifiant…
Critique : Sorti en même temps que les Mondes d’Oz de Disney au cinéma et que le premier tome de l’adaptation des romans de L. Franck Baum dessiné par Skottie Young (Panini), Les Assassins d’Oz n’a bénéficié que très peu de la mise en lumière de cet univers fantaisiste. Il faut dire que cette version est bien loin du monde manichéen que découvre la gentille Dorothy. Ici, la route de briques jeunes est couverte de sang et vous saurez pourquoi il faut trembler quand vous entendez le bruissement des ailes d’un singe volant ! Un thriller qui ravage tout ce que vous savez sur Oz tel une tornade !!!

519OpKbd45L._[1]AOKIGAHARA – LA FORET DES SUICIDES
Scénario : El Torres
Dessin : Gabriel Hernandez
Broché – 128 pages
Format : 25,8 x 17
C’est au pied du Mont Fuji qu’on peut trouver Aokigahara, une vaste forêt, un cadre naturel sans égal… et où la plupart des suicides se produisent. La légende dit que les âmes des suicidés errent à jamais dans cet endroit, pris au piège des profondeurs mystérieuses de ces forêts anciennes.
Lorsque Masami, la petite amie d’Alan, se suicide dans ces bois, son fantôme rôde, bien décidé à hanter son ancien amour…
Critique : Terrifiant ! Si vous avez aimé Ring vous plongerez sans hésitez dans les sous-bois de cette ancestrale forêt, sinistre malgré elle. Inspiré de faits réels, cet album, 100% comics, emprunte avec brio les codes des histoires de malédiction japonaises et en offre une perspective occidentale correspondant au personnage principal, américain exilé complètement perdu dans une culture et une civilisation complexe. Vous ne ressortirez pas indemne de cet album !!

71dI6NDPn8L._SL1030_[1]LE VOILE DES TÉNÈBRES
Scénario : El Torres
Dessin : Gabriel Hernandez
Broché – 128 pages
Format : 25,8 x 17
Le voile qui sépare le monde des vivants de celui des morts est tombé. Qui pourra rétablir l’équilibre ? Chris Luna n’est pas ce qu’on peut appeler un détective privé en vogue. Les clients se font rares et, pire, sont plus souvent morts que bien portants. Car Chris a un don : elle peut parfois voir et interagir au travers du Voile des Ténèbres qui sépare les vivants de l’autre monde. Malheureusement, ce pouvoir ne paye pas les factures et Chris doit retourner dans sa ville natale au fin fond du Maine et y affronter les ténèbres qui attendent, tapies dans l’ombre, d’envahir notre monde…
Critique : Deuxième collaboration des auteurs, on reste dans le monde des esprits “pas sympas” qui viennent cette fois hanter une medium qui n’apprécie pas particulièrement son don. Très sombre, toujours aussi stressant, on appréciera le soin tout particulier apporté au scénario très appuyé par le crayonné assez “violent” d’Hernandez. C’est quasiment hypnotique ! Une excellente histoire d’horreur dans la veine de Lovecraft !

51qpdRK0uwL._[1]BAD MEDECINE
Scénario : Nunzio Defilippis, Christina Weir
Dessin : Christopher Mitten
Broché – 128 pages
Format : 25,8 x 17
Un médecin aux méthodes peu orthodoxes. Une femme-flic qui en a vu d’autres. Des phénomènes inexpliqués. Hippocrate s’en retourne dans sa tombe !
Tiré de son exil au bout du monde, le Docteur Randal Horne, brillant chirurgien devenu adepte d’une médecine excentrique à la limite du paranormal, doit rentrer à New York pour enquêter sur un tragique accident de laboratoire qui n’a laissé qu’un indice : le corps d’un homme sans tête. Avec l’aide d’une détective incrédule du NYPD, Horne doit résoudre un mystère tant médical que scientifique aux frontières du fantastique.
Bad Médecine : une série intrigante, dérangeante, palpitante dans la veine de FRINGE, X-FILES et LES EXPERTS !
Critique : Malgré l’amalgame un peu douteux du communiqué de presse entre trois séries assez différentes dans leur traitement, Bad Medecine tend cependant vers une histoire à la Fringe. Situations hors du commun, méthodes d’enquête qui le sont tout autant, un agent féminin du FBI qui pourrait très bien s’entendre avec Olivia Dunham… bref, les fans de la série TV retrouveront leurs petits dans ce comics. Toutefois, loin d’être un plagiat de Fringe, Bad Medecine est une histoire bien ficelée, rondement menée avec toutefois une impression d’inachevée. En effet, l’album présente deux affaires, liées entre elle, mais laisse supposer qu’il y aurait pu en avoir d’autre. Reste qu’Oni Press n’a sans doute pas pu assurer une série régulière sur le sujet.

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